“Bones and All” de Luca Guadagnino : on a goûté, mais on n’aime pas

L’argument anthropophage de Bones and all avait de quoi faire de ce septième film de Luca Guadagnino, une œuvre matricielle pour le cinéaste transalpin. Car, plus que tout autre, il a le goût de la chair de ses pairs. Remake (Suspiria, A Bigger Splash) ou scénario non-tourné (Call me by your name), ces trois derniers films sont des entreprises cannibalistes sous bien des aspects. On retrouve donc dans Bones and all l’idée selon laquelle faire un film, c’est d’abord se nourrir d’autres films.

Un monstre maladroit…

De Aux frontières de l’aube de Katherine Bigelow à Bonny and Clyde d’Arthur Penn en passant par Trouble Every Day de Claire Denis, l’identité du film qui a permis à son auteur de remporter le Lion d’argent de la meilleure réalisation à la dernière Mostra est un amas en fusion qui tient malheureusement ici plus du patchwork grossièrement cousu que du Frankenstein de Mary Shelley. L’ambition de Guadagnino est de faire à la fois un film d’horreur, un film social sur l’Amérique profonde et une romance contrebandière, mais ce mélange des genres n’est traité qu’en surface.

Comble pour un film dont le titre traduit les désirs de ses personnages de dévorer le corps de leur victime en entier (les os et tout ce qui va avec), Bones and all est une belle enveloppe sans chair ni structure, sans pensée non plus. Le problème est que, malgré l’avalanche d’effets, les tics de charmes de Timothée Chalamet (si jeune est déjà caricature de lui-même) et la révélation du talent de l’actrice qui incarne son amoureuse (Taylor Russell, elle aussi récompensée à Venise) finissent par se voir.

… voire inopportun

Lorsque après avoir dévoré un homme que le personnage de Chalamet a égorgé à l’acmé de l’orgasme qu’il était en train de lui donner, le couple en cavale découvre qu’il était père de famille. C’est pour eux un drame, comme si la vie d’un homosexuel ne pesait rien par rapport à celle d’un parent traditionnel. Fidèle à elle-même, la mise en scène reproduit l’homophobie d’une telle émotion sans prendre de distance avec elle, achevant s’il le fallait encore de nous convaincre de l’imbécilité du film.

Generated by Feedzy
%d blogueurs aiment cette page :