“Driver” de Walter Hill ressort en salles

Massivement influent sur l’histoire du polar moderne, du Solitaire de Michael Mann à Drive de Nicolas Winding Refn, Driver est un film de grand professionnel autant qu’un grand film sur des professionnel·les. Sombre, maussade et taciturne, comme une peinture d’Hopper qui prendrait vie, bien plus proche du silence glacial des polars de Melville que d’un film du Nouvel Hollywood de l’époque, Walter Hill dépouille le genre du film de braquage de tout ce qui pourrait altérer sa performance aérodynamique. Les scènes d’action seront grand deux blocs inoubliables, sans musique et sans parole. Un monde dénudé jusqu’à l’os, où personne n’a même de nom. Car les êtres sont réduits à de simple enveloppes, des corps au travail, résultats d’un flux de fonction et d’action.

Dans ce jeu du chat et de la souris, on distingue The Driver, The Detective et The Player. Deux premiers noms que tout oppose. L’un est du côté du crime, l’autre de la loi. Ce qui manque à The Driver dans le dialogue, il le rattrape par l’action. Ce qui manque à The Detective dans l’action, il le rattrape par le dialogue. Le jeu de Ryan O’Neal (The Driver) et Isabelle Adjani (The Player) atteignent des sommets de minéralité (pour montrer leur haine au flic interprété par Bruce Dern, il·elles lui tournent simplement le dos). Inquiétant de mutisme, il exporte outre-Atlantique une certaine idée du modèle bressonnien (dont Gosling a très certainement retenu la leçon pour Drive).

Un polar austère et élégant

Face à ses deux monolithes, le jeu de Bruce Dern est plus “Nouvel Hollywood” pour équilibrer. Maniaque, agité, c’est le flic qui devient le plus grand truand du trio. C’est en cela une des grandes originalités du film de Hill. Là où le polar est souvent l’expression paroxystique de la fatalité des hommes, ici, les êtres sont déterminés par leur action et non par leur essence, tirant un trait inattendu entre la néo-tragédie et un existentialisme élégant. Ni regrets sur le passé, ni projection lancée vers le futur. Il n’y a que le travail et ce qu’il faut faire pour le mener à bien. Austère mais élégant, laconique mais riche, ce minimalisme généralisé où tout est essentiel fait glisser l’ensemble vers une poésie entêtante d’abstraction.

Driver de Walter Hill (1978), en salles en version restaurée 4K, le 23 novembre.

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