“Le Serment de Pamfir”, un film noir ultra stylisé qui ne convainc qu’à moitié

Je filme des innocents dans un monde immoral.” C’est ainsi que Hitchcock résumait son film Le Faux Coupable. Une formule que ne renierait probablement pas le cinéaste ukrainien Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk au sujet de son personnage principal, Pamfir.

De retour dans sa ville natale à la frontière entre l’Ukraine et la Roumanie, où vit sa femme et son fils, le père absent devient la cible d’un engrenage de corruption de mauvais choix et de malchance. Impuissant, Pamfir est pris en tenaille. Y compris, dans un premier temps, par une mise en scène reposant sur de grands morceaux de bravoure qui évoquent László Nemes (Le Fils de Saul, Sunset) ou Bi Gan (Kaili Blues, Un grand voyage vers la nuit).

L’immersion convoitée par l’extrême mobilité de la caméra et la chorégraphie des corps extrêmement sophistiquée provoque l’inverse. Le ou la spectateur·ice passera plus de temps à méditer sur les roublardises des mécaniques de tournage qu’à s’épancher sur les enjeux narratifs qui se déroulent sous ses yeux.

Un oubli regrettable

Il faudra un vrai passage par la frontière du film noir (à la croisée entre l’esthétique brute des premiers films de Nicolas Winding Refn et le rire goguenard ciselé de violence stylisée du cinéma coréen des années 2000) pour que le film prenne vie et forme un polar âpre, à la forme aussi rugueuse que stylisée.

Le film se distingue également par une puissante utilisation des différentes cultures folkloriques slaves jusqu’à atteindre son sommet : une impressionnante traque au cœur d’une fête folklorique où les déguisements de paille et les masques s’agitent au milieu des fumigènes et du feu d’artifice.

Là où le film ne semble pas totalement accomplir sa tâche et laisse un goût amer en bouche, c’est la façon dont il expulse hâtivement deux personnages féminins (la mère et la femme de Pamfir) vers la fin du récit, les condamnant inexorablement par leur absence à l’image. Pour filmer des innocent·es dans un monde immoral, encore faut-il les reconnaître. Ici, elles ont été oubliées.

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