“Retour à Séoul”, “Tár”, “Interdit aux chiens et aux Italiens” : voici les sorties de la semaine 

Retour à Séoul de Davy Chou 

Davy Chou mène l’épopée virevoltante de cette jeune femme avec une époustouflante virtuosité, transcendée par les qualités de soliste de son actrice Park Ji-min. Malgré la délocalisation de son cinéma en Corée du Sud, on retrouve dans Retour à Séoul les qualités d’envoûtement de ses deux premiers films cambodgiens. Du Sommeil d’or (2011), ce troisième long hérite d’une capacité à rendre compte de la densité du temps, comme une sonde qu’on plonge dans une épaisse couche de sédiments. 

Lire la critique de Bruno Deruisseau

Tár de Todd Field

Le film accompagne avec une sorte de lenteur fataliste et un souci du subtil détail la chute d’une cheffe d’orchestre mondialement reconnue. Mais sa matière est hétérogène et digressive : le regard ne cesse de se disperser sur de mystérieux points de vue subjectifs, de s’attarder sur d’étranges détails, avec un goût quasi lynchien du micro-événement monstrueux (les tics frénétiques de certains personnages, le cri d’horreur d’une femme dans le lointain…), à un fil de basculer dans le cauchemar sans pourtant jamais quitter le registre austère d’une chronique des coulisses du pouvoir à la Bennett Miller (Le Stratège).

Lire la critique de Théo Ribeton 

Interdit aux chiens et aux Italiens d’Alain Ughetto

Le réalisateur réussit le petit miracle de raconter les drames, les peines, les jours, le labeur et la misère, et d’y mêler de l’humour, notamment grâce à ses trouvailles d’animateur : les têtes de brocoli deviennent des arbres ; les morceaux de sucre, des briques de chantier ; le carton, du bois, etc.

Lire la critique de Jean-Baptiste Morain

La Passagère d’Andrzej Munk

On pourra peut-être nous reprocher d’en avoir dit trop sur ce film incroyable, mais il reste encore mille choses à découvrir sur le mensonge, la perversité, sur la banalité non pas seulement du mal, mais des mécanismes de la cruauté dans son fonctionnement même. Pour ceux qui y participent, il ne s’agit que d’accomplir des actes, d’empêcher des rébellions, des vols, des mensonges, afin avant tout que tout se passe bien, tout fonctionne correctement.

Lire la critique de Jean-Baptiste Morain 

Le Cœur noir des forêts de Serge Mirzabekiantz

Une romance à l’envers disions-nous, car l’enfant arrive avant la passion. À 16 ans, l’adolescent hâtif mais méthodique propose qu’il et elle mettent au monde (on l’imagine, pour devenir le père qu’il n’a pas eu). Une proposition conjuguée à une demande étrange et romanesque : d’aller vivre dans la forêt. Démarre alors une version douce d’un exil au bord du fantastique, non par les événements mais par l’aura mystique que la forêt exerce sur le film et ses personnages.

Lire la critique d’Arnaud Hallet

Ashkal de Youssef Chebbi

Cette réinterprétation du polar, étrange et désenchanté, de Youssef Chebbi dépeint un pays en stagnation après les espoirs de la révolution du jasmin. Teinté d’un surnaturel qui évoque Cure de Kiyoshi Kurosawa, Ashkal dilue volontairement la tension et les enjeux de son enquête au profit d’une atmosphère fantastique, une allégorie à combustion lente dont chaque nouvelle artère serait censée perforer les profondeurs de la psyché d’une nation.

Lire la critique de Ludovic Béot 

Tu choisiras la vie de Stéphane Freiss

Le souci, c’est qu’il manque beaucoup de nuance et d’ambivalence au regard de Freiss pour que cette montée du désir sans cesse réprimée par le monde autour, mais aussi par un cinéaste qui, par excès de pudeur privera ses personnages de toute forme de concrétisation, n’émeuve. La faute à un esprit de sérieux et à un académisme de chaque instant (une image aussi lisse qu’une publicité, un folklore éculé…) qui loin d’intensifier la libération progressive de son héroïne, sa prise de pouvoir intime et intérieure, son affranchissement par le désir, l’enferme dans un simulacre de film et de rôle à tenir.

Lire la critique de Marilou Duponchel 

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